La Guinée entre dans une nouvelle phase de son histoire économique. Avec l’entrée en production de Simandou, le pays dispose d’un moteur de croissance capable de transformer profondément son économie. Mais une question demeure : comment faire en sorte que cette richesse minière profite au plus grand nombre et ne se limite pas à faire progresser les chiffres de la croissance ? C’est tout l’enjeu du nouveau Cadre de partenariat-pays entre la Guinée et la Banque mondiale pour la période 2027-2033.
En visite à Conakry du 3 au 6 octobre, Ousmane Diagana, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, a placé la transformation de la richesse minière au centre des discussions avec les autorités guinéennes. La Banque mondiale présente d’ailleurs le corridor de Simandou comme un levier pouvant contribuer à faire évoluer le modèle de développement guinéen, d’une économie dominée par les mines vers une transformation économique plus intégrée.
Simandou : le paradoxe d’une croissance sans assez d’emplois
Le paradoxe guinéen est désormais clairement posé : le pays peut connaître une forte croissance grâce au secteur minier, sans que cette dynamique se traduise automatiquement par suffisamment d’emplois pour sa population.
La production de Simandou doit soutenir fortement l’activité économique. Le FMI prévoit une croissance réelle de 8,7 % en 2026, portée notamment par l’augmentation de la production minière. Mais le Fonds souligne parallèlement la nécessité de transformer les ressources naturelles en croissance durable et inclusive, en investissant dans le capital humain, les infrastructures et la diversification de l’économie.
C’est précisément là que se situe le défi. L’exploitation minière génère d’importantes recettes et stimule l’activité, mais elle reste relativement peu créatrice d’emplois au regard des besoins d’une population jeune. Une grande partie de la jeunesse guinéenne continue ainsi de dépendre du secteur informel.
Lors de sa visite, Ousmane Diagana a résumé cette difficulté avec une mise en garde : « Nous devons être lucides. L’exploitation d’une ressource naturelle ne crée pas automatiquement une économie prospère, diversifiée et inclusive. ». Autrement dit, Simandou peut fournir les ressources financières nécessaires au développement, mais il ne peut pas, à lui seul, produire le développement.
Transformer les recettes minières en économie productive
Pour la Banque mondiale comme pour le gouvernement guinéen, l’enjeu consiste donc désormais à faire des recettes minières un instrument de transformation économique.
Le nouveau partenariat 2027-2033 s’articule autour de plusieurs priorités : améliorer la gestion des recettes, investir davantage dans la formation et le capital humain, soutenir le secteur privé et développer les infrastructures. Le cadre de partenariat de la Banque mondiale met également l’accent sur la création de « plus et de meilleurs emplois ».
Cette orientation rejoint les préoccupations exprimées par le FMI, qui insiste sur la nécessité de mobiliser les recettes minières pour financer les dépenses prioritaires, tout en renforçant la gouvernance, la transparence, les infrastructures et les possibilités d’emploi en dehors du secteur extractif.
La question n’est donc plus simplement de savoir combien Simandou rapportera à la Guinée. Elle est de savoir ce que la Guinée fera de ces revenus.
Du minerai aux emplois
Le deuxième défi est celui de la diversification.
Si les revenus de Simandou restent concentrés dans les infrastructures directement liées au secteur minier et dans les dépenses publiques, l’effet sur l’économie nationale pourrait rester limité. À l’inverse, une partie de cette richesse peut contribuer à développer l’agriculture, l’industrie, les services, les infrastructures, l’éducation et les compétences nécessaires à l’émergence d’un secteur privé plus dynamique.
La Banque mondiale veut ainsi accompagner une transformation qui dépasse le seul secteur extractif. Son nouveau cadre pour la Guinée prévoit notamment de renforcer le capital humain, le développement du secteur privé et les infrastructures, tout en améliorant la gouvernance.
Pour la jeunesse, l’enjeu est particulièrement important : il s’agit de créer des possibilités d’emploi qui ne dépendent pas uniquement des mines.
Ne pas laisser les régions minières à l’écart
L’autre question est celle du partage territorial des bénéfices.
Les régions directement concernées par les activités minières doivent pouvoir bénéficier davantage des retombées économiques, à travers les infrastructures, les services publics, la formation et les activités génératrices d’emplois.
C’est l’une des orientations du nouveau partenariat : ne laisser aucune région de côté, notamment celles qui supportent directement les effets de l’exploitation minière.
Le corridor de Simandou pourrait ainsi devenir davantage qu’un ensemble d’infrastructures destinées à transporter du minerai. La Banque mondiale le présente comme une opportunité de construire une plateforme économique intégrée autour de laquelle peuvent se développer différentes activités.
Le véritable test de Simandou
La Guinée dispose aujourd’hui d’une opportunité exceptionnelle. Mais l’expérience d’autres pays riches en ressources naturelles rappelle qu’une forte croissance minière ne garantit pas automatiquement une transformation économique durable.
Le nouveau partenariat avec la Banque mondiale arrive donc à un moment charnière. Il devra aider la Guinée à mieux gérer ses recettes, renforcer les compétences de sa population, stimuler le secteur privé et financer les infrastructures nécessaires à une économie plus diversifiée.
Simandou peut devenir le moteur d’une nouvelle économie guinéenne. Mais le véritable succès ne se mesurera pas seulement aux tonnes de fer exportées ni au taux de croissance affiché. Il se mesurera aux emplois créés, aux entreprises développées, aux compétences acquises et à l’amélioration concrète des conditions de vie dans l’ensemble du pays.
Par Abdel Aziz