Le naufrage d’une embarcation au large de Djibouti a fait au moins 139 morts et laissé 84 personnes portées disparues. Sur les quelque 305 migrants qui tentaient de rejoindre le Yémen dans la nuit du 8 au 9 octobre, seuls 82 ont survécu, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Au-delà de ce drame, le bilan met en lumière les dangers d’une route empruntée chaque année par des milliers de personnes en quête d’un avenir meilleur dans les pays du Golfe.
Une traversée qui tourne au drame
L’embarcation a chaviré au large de Guhere, au nord de la ville portuaire d’Obock, alors qu’elle transportait plus de 300 personnes de Djibouti vers le Yémen. Selon les témoignages recueillis auprès des survivants, le bateau était surchargé et les passagers se tenaient debout, sans véritable possibilité de s’asseoir.
Le bilan initial faisait état de 109 morts et de 116 disparus. Il a ensuite été revu à la hausse après la découverte de 30 corps supplémentaires, portant le nombre de décès confirmés à au moins 139. Les opérations de recherche et de sauvetage se poursuivent, tandis que 84 personnes restent portées disparues. Pour Alexandre Coissac, chef de mission de l’OIM à Djibouti, il s’agit d’« une perte humaine dévastatrice ». Les équipes de l’organisation sont mobilisées aux côtés des autorités locales pour apporter une assistance d’urgence aux rescapés.
Des victimes enterrées sans identité
Derrière les chiffres se trouvent des familles privées de nouvelles de leurs proches. Les autorités djiboutiennes procèdent à l’inhumation des corps retrouvés sur le littoral, mais l’identification des victimes reste particulièrement difficile.
Selon l’OIM, les personnes décédées étaient de nationalité éthiopienne. Toutefois, l’état des dépouilles et l’absence de documents d’identité compliquent leur identification. Parmi les victimes figurent des femmes, des enfants et de jeunes hommes.
Alexandre Coissac souligne la douleur supplémentaire provoquée par l’impossibilité, pour certaines familles, de connaître le sort de leurs proches ou de retrouver leurs dépouilles. Certains corps sont enterrés sans identité établie, dans des fosses communes, laissant planer l’incertitude sur le sort de nombreuses personnes disparues.
Les survivants pris en charge à Obock
Plus de 80 personnes ont survécu au naufrage. Traumatisées par l’événement, elles bénéficient de soins médicaux et d’un accompagnement psychologique au centre d’aide aux migrants d’Obock.
Pour les équipes humanitaires, l’urgence consiste à répondre aux besoins immédiats des rescapés, tout en poursuivant les recherches et en accompagnant les familles qui attendent encore des nouvelles de leurs proches.
Mais ce drame rappelle également que les conséquences des naufrages ne s’arrêtent pas à la disparition des passagers. Les survivants doivent faire face au traumatisme, tandis que les familles restées au pays peuvent demeurer longtemps sans savoir ce qui est arrivé aux leurs.
La route de l’Est, un passage toujours fréquenté
Chaque année, des centaines de milliers de migrants empruntent la route dite de l’Est, qui relie la Corne de l’Afrique à la péninsule Arabique. Nombre d’entre eux quittent l’Éthiopie et traversent Djibouti avant de franchir le détroit de Bab el-Mandeb vers le Yémen, dans l’espoir de rejoindre ensuite l’Arabie saoudite et d’autres pays du Golfe.
Les difficultés économiques, l’insécurité et les conséquences du changement climatique figurent parmi les facteurs qui poussent des personnes à tenter ce voyage. L’instabilité persistante au Yémen ne semble pas suffire à décourager les départs.
Depuis le 10 septembre, l’OIM a enregistré plus de 20 000 mouvements de migrants arrivant à Djibouti depuis l’Éthiopie. Ces chiffres témoignent de la poursuite des déplacements dans la région, malgré les risques considérables associés à cette traversée.
Une tragédie qui s’inscrit dans une crise durable
Le naufrage d’octobre n’est pas un événement isolé. Au premier trimestre 2026, l’OIM avait déjà recensé 94 décès sur cet axe migratoire, un bilan que l’organisation jugeait largement sous-estimé. En 2025, plus de 900 migrants étaient morts ou portés disparus sur cette même route, selon les données de l’agence onusienne. Ces chiffres illustrent l’ampleur des dangers auxquels sont confrontées les personnes qui tentent de rejoindre la péninsule Arabique par la mer. Ils posent également la question des moyens de réduire les risques et de mieux protéger les migrants.
Au large de Djibouti, le naufrage a brutalement interrompu le voyage de centaines de personnes qui espéraient trouver de meilleures conditions de vie. Tant que les causes de ces départs persisteront et que les possibilités de migration sûre resteront insuffisantes, d’autres personnes continueront de s’exposer à des traversées périlleuses.
Par Abdel Aziz