RDC : Joseph Kabila, du pouvoir au maquis…

« Je ne comprends pas les hommes politiques africains. Comment peut-on faire dix-huit ans au pouvoir pour finalement retourner au maquis contre son peuple qu’on a dirigé pendant toutes ces années.  Ce n’est ni honorable ni  respectueux pour la fonction présidentielle exercée, ni pour sa propre personnalité ni pour l’image qu’il projette vers la communauté internationale…. ».

Du 26 janvier 2001 au 24 janvier 2019, soit dix-huit années, Joseph Kabila a régné sans partage sur la République démocratique du Congo (RDC). D’aucuns l’ont admiré dans ses fonctions de Président de la République par son calme et sa prestance. D’autres l’ont combattu jusqu’à la dernière heure de son pouvoir à la tête de l’Etat congolais.

Le fils de Laurent-Désiré Kabila, qui a pris le pouvoir après l’assassinat de ce dernier, a essuyé beaucoup de soubresauts par des manifestations de rue, des protestations diverses qui ont conduit le pays vers une instabilité politique. Pour finalement déboucher à l’organisation de l’élection présidentielle de 2018 consacrant la victoire du fils d’un autre combattant politique (Etienne Tshisekedi) : Felix Tshisekedi.

Il convient bien de s’arrêter un peu sur cet épisode de la victoire de Felix Tshisekedi. Beaucoup d’observateurs ont conclu qu’il y eu un deal secret entre Joseph Kabila et son successeur pour le « partage du pouvoir ». Genre «  je te file le pouvoir, tu protèges mes arrières…. ».

Felix Tshisekedi aurait accepté le « deal » et aurait rassuré Joseph de vouloir intégralement le respecter. Marché conclu. L’homme qui devrait entériner ce deal n’était autre que Corneille Nanga, alors responsable principal de l’institution chargée de l’organisation des élections. Il était incontournable. Selon plusieurs observateurs, il devrait profiter du deal si ce n’est d’en faire partie intégrale.

Alors, à la proclamation des résultats, Félix Tshisekedi est élue Président de la République. Ce que conteste vigoureusement l’opposant Martin Fayulu qui estime mordicus avoir gagné les élections.  Il estime que c’est par un « tripatouillage » que Félix est  propulsé au pouvoir.

La tension va monter dans le pays pour finalement retomber. Les dés sont jetés.

C’est un Felix et Joseph radieux, rigolant et s’esclaffant qu’on voie main dans la main lors de la prestation de serment consacrant la prise en fonction de Tshisekedi comme cinquième Président de la République démocratique du Congo.

Au fil du temps, la pouvoir de Felix se renforce et se stabilise. Le nouveau Président commence à implanter ses hommes dans l’appareil d’Etat. Bientôt, les hommes de Kabila sont relégués au second plan pour finalement disparaître sur le paysage politique.

Le coup dur asséné sera au niveau de l’Assemblée nationale où les partisans de l’ancien Président étaient majoritaires. Mais à la suite d’un débauchage, ils vont perdre cette majorité au profit du parti de Tshisekedi.

 Finalement, le deal est rompu entre les trois acteurs. Felix est pleinement assis au pouvoir. Les deux autres, Joseph et son poulain Corneille Nanga, s’estimant « trahis », ruminent et cherchent un moyen pour rebondir si ce n’est se venger. Et leur trouvaille : la rébellion. On connait la suite…

Après avoir nié comme étant derrière la rébellion orchestrée par l’Alliance du Fleuve Congo (AFC)  créée par Corneille Nanga et du Mouvement M23, Joseph Kabila vient de sortir un mouvement appelé Front pour la Refondation de la Nation (FRN) regroupant l’AFC, le M23 dont il prend la tête.

« Joseph Kabila se doit de se retirer de toute action de déstabilisation de la RDC. On ne peut exercer au pouvoir pendant dix-huit années et retourner au maquis parce qu’on n’est pas satisfait… », estime un analyste politique. Il ajoute : « Les dirigeants africains doivent se prendre au sérieux. Car la rébellion anéantit un pays. Les fonds destinés pour le développement du pays sont relocalisés pour acheter des armes et défendre le pays… ».

L’image de Joseph Kabila, assis aux côtés de Corneille Nanga et certains  responsables du M23, pour annoncer la création d’un Front, n’est pas respectable et digne d’un ancien Président de la RDC. Sa place aurait dû se trouver dans sa demeure majestueuse à Kinshasa prodiguant des conseils aux jeunes novices en politique et épauler son successeur  dans ses fonctions de Président de la République. Mais pas dans un maquis…     

Par Abdel Aziz

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