Résidences secondaires : comment les élites africaines transforment l’immobilier en stratégie patrimoniale…

De Marrakech à Dakar, d’Abidjan à Paris, les résidences secondaires s’imposent progressivement comme des outils de diversification du patrimoine des Africains fortunés. Au-delà du confort et de l’attachement familial, ces acquisitions répondent à une logique de rendement locatif, de mobilité internationale et de transmission de richesse.

La résidence secondaire change de fonction dans les stratégies patrimoniales des élites africaines. Villa au Maroc, appartement au Sénégal ou propriété balnéaire en Côte d’Ivoire : ces biens ne servent plus uniquement aux vacances ou aux réunions familiales. Ils peuvent également générer des revenus locatifs, diversifier les investissements et préparer la transmission du patrimoine.

Selon l’Africa Wealth Report 2025 de Henley & Partners et New World Wealth, l’Afrique comptait 122 500 millionnaires, 348 centi-millionnaires ( une personne qui possède au moins 100 millions de dollars)  et 25 milliardaires. Le Maroc recensait à lui seul 7 500 millionnaires, tandis que Marrakech enregistrait une progression de 67 % de sa population fortunée sur dix ans.

Pour Habibou Metais, banquier privé senior à la Banque Richelieu Monaco, cette évolution reflète l’internationalisation croissante des patrimoines africains. L’immobilier devient ainsi un élément d’une stratégie globale, associant usage personnel, rentabilité, diversification géographique et succession.

Marrakech, entre prestige et rentabilité

Longtemps dominé par une clientèle étrangère, notamment européenne, le marché immobilier haut de gamme de Marrakech attire désormais davantage de Marocains résidant à l’étranger, de binationaux et d’investisseurs africains.

Selon Dr Abdelhadi Laaouina, expert en immobilier de luxe chez Morocco Sotheby’s International Realty, les motivations varient selon les acquéreurs : proximité des écoles, des golfs et de la ville, ou recherche de calme et d’intimité. Mais un critère prend de plus en plus d’importance : la rentabilité.

L’attractivité touristique du Maroc renforce cette perspective. Le pays a accueilli près de 9,4 millions de visiteurs au premier semestre 2026, soit une hausse de 6 % sur un an. Villas, riads et propriétés de prestige peuvent ainsi être proposés à la location lorsque leurs propriétaires ne les occupent pas.

L’investissement immobilier dépasse les frontières africaines

En Afrique de l’Ouest, les investisseurs s’intéressent de plus en plus aux marchés immobiliers des pays voisins. Kossi Amétépé, responsable commercial et chargé du financement immobilier chez RESIDOMIA, indique que la diaspora représente près de 40 % des investisseurs accompagnés par son cabinet. Une part importante des acquéreurs est toutefois constituée d’Africains résidant sur le continent, mais investissant dans un autre pays.

Les Sénégalais qui achètent en Côte d’Ivoire et les Ivoiriens qui investissent au Maroc illustrent cette régionalisation du marché. La location de courte durée figure parmi les principales motivations, même si certains acheteurs privilégient un logement destiné à leur famille ou à leurs propres séjours.

Les destinations sont choisies notamment en fonction de leur dynamisme économique et de leur potentiel touristique. Au Sénégal, Saly attire des investisseurs intéressés par les appartements destinés à la location, tandis qu’Assinie, en Côte d’Ivoire, séduit par son caractère balnéaire. Diamniadio suscite également un intérêt croissant grâce à son développement urbain et économique.

La Côte d’Ivoire a accueilli plus de 6,7 millions de visiteurs en 2025, selon le Conseil national du tourisme. Cette fréquentation contribue à ouvrir des perspectives pour l’immobilier touristique, même si la rentabilité réelle dépend aussi du prix d’achat, de l’occupation du logement et des frais de gestion.

Paris, Dubaï, Londres : la diversification à l’échelle mondiale

Pour les grandes fortunes, la stratégie ne se limite pas au continent africain. Paris demeure une destination importante pour les clients africains fortunés accompagnés par Habibou Metais, notamment en raison des études des enfants, des liens familiaux et des activités professionnelles.

L’acquisition d’un bien de grande valeur exige toutefois une analyse financière et fiscale. En France, l’impôt sur la fortune immobilière concerne les patrimoines immobiliers nets taxables supérieurs à 1,3 million d’euros, y compris, sous les conditions applicables, les biens détenus en France par des non-résidents.

Les choix évoluent ensuite selon le niveau de fortune. Certains investisseurs privilégient des quartiers parisiens réputés ou la Côte d’Azur, tandis que d’autres se tournent vers le Canada, Dubaï, Mayfair à Londres, Monaco ou Singapour. Les grandes fortunes nigérianes illustrent particulièrement cette diversification internationale, qui peut associer plusieurs résidences à d’autres actifs de prestige.

Un patrimoine à gérer sur le long terme

Cette évolution s’inscrit dans une transformation plus large de l’immobilier de luxe, observée notamment par Knight Frank dans ses publications consacrées aux grandes fortunes et au marché résidentiel haut de gamme.

La résidence secondaire devient progressivement un actif qui doit être évalué dans son ensemble : financement, fiscalité, potentiel locatif, entretien et transmission. L’objectif n’est plus seulement de posséder une propriété dans une destination prisée, mais de l’intégrer dans une stratégie patrimoniale cohérente.

De Marrakech à Dakar, d’Abidjan à Paris, cette nouvelle approche traduit la mobilité croissante du capital africain. Elle fait de l’immobilier un point de rencontre entre qualité de vie, ancrage familial, recherche de revenus et sécurisation du patrimoine.

La résidence secondaire n’est donc plus seulement un symbole de réussite : elle devient, pour une partie des élites africaines, un instrument de gestion de fortune.

Une synthèse de Abdel Aziz

Source Forbes Afrique

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