Une enquête internationale coordonnée par Forbidden Stories, à laquelle a participé RFI avec d’autres médias, révèle l’ampleur d’un nouveau système d’expulsion mis en place par l’administration de Donald Trump. Depuis janvier 2025, les États-Unis renvoient certains migrants non pas vers leur pays d’origine, mais vers des pays tiers avec lesquels ils n’ont parfois aucun lien.
Entre le 20 janvier 2025 et le 31 août 2026, au moins 25 447 personnes ont été transférées vers 28 pays tiers, selon les données vérifiées par l’enquête. Au moins 105 vols ont été identifiés, même si le bilan reste incomplet, notamment au Mexique où les transferts se font principalement par bus. Environ 20 000 personnes y auraient été envoyées.
Des accords négociés à l’étranger
Parmi les premiers bénéficiaires de ce dispositif figure le Panama. En février 2025, 299 migrants de différentes nationalités y ont été envoyés en trois vols, alors qu’aucun n’était panaméen.
Le cas d’Arsaalan Saleh Fard, un Iranien de 25 ans, illustre les conséquences de cette politique. Après avoir fui l’Iran et demandé l’asile aux États-Unis, il a été détenu puis transféré au Panama. Après 18 mois sans véritable possibilité de travailler, il a finalement quitté le pays pour rejoindre le Mexique.
Pour organiser ces expulsions, Washington a développé un réseau d’accords avec des pays d’Amérique latine, des Caraïbes et d’Afrique. L’enquête fait état de 35 pays ayant conclu des arrangements avec les États-Unis et d’au moins 410 millions de dollars mobilisés ou promis pour faciliter ces opérations. Une structure du département d’État, l’Office of Remigration, créée en 2025, joue notamment un rôle dans les négociations.
L’Afrique également concernée
Si le Mexique accueille la majorité des personnes expulsées, plusieurs pays africains ont également été sollicités. Des migrants vietnamiens et laotiens ont notamment été envoyés en Eswatini, tandis que la Guinée équatoriale a accueilli des ressortissants cubains et brésiliens. Selon Forbidden Stories, 49 des 54 pays africains auraient été approchés dans le cadre de cette politique.
Le dispositif fait toutefois face à une bataille judiciaire. Une cour d’appel américaine a récemment invalidé les directives encadrant certaines de ces expulsions, estimant notamment que les personnes concernées ne bénéficiaient pas de garanties suffisantes pour contester leur transfert lorsqu’elles craignent des persécutions dans le pays de destination.
L’enquête met ainsi en lumière une mécanique diplomatique, financière et logistique permettant aux États-Unis d’étendre considérablement leur politique d’expulsion, bien au-delà des frontières de leur propre territoire.
Une synthèse de Abdel Aziz
Source: enquête de Forbidden Stories et RFI