Migration clandestine : quand l’échec des politiques économiques pousse la jeunesse africaine à fuir…

Chaque année, des milliers de jeunes Africains prennent la mer à bord d’embarcations précaires, au péril de leur vie, dans l’espoir d’atteindre l’Europe. Derrière ces départs se pose une question dérangeante : pourquoi tant de jeunes ne voient-ils plus leur avenir dans leur propre pays ?

Le phénomène des migrations irrégulières vers l’Europe ne cesse d’interroger. Des jeunes quittent leur famille, leurs études, leur emploi ou leurs activités pour entreprendre des voyages extrêmement dangereux à travers le Sahara, l’Atlantique ou la Méditerranée.

En 2025, 25 556 ressortissants d’Afrique de l’Ouest et du Centre sont arrivés en Europe par des voies irrégulières. Dans le même temps, 3 845 migrants sont morts ou portés disparus sur les routes reliant cette région à l’Europe. Sur la seule route atlantique vers les Canaries, 54 naufrages ont été recensés, faisant 1 214 morts ou disparus.

Pourquoi partir au risque de mourir ?

La réponse ne se résume pas à la pauvreté. Une étude du PNUD menée auprès de 1 970 migrants originaires de 39 pays africains montre que 58 % avaient un emploi ou étaient scolarisés au moment de leur départ. Beaucoup estimaient toutefois que leurs revenus ou leurs perspectives ne leur permettaient pas de construire l’avenir qu’ils espéraient. Le sentiment de ne pas avoir suffisamment d’opportunités joue également un rôle important.

C’est là que la responsabilité des politiques publiques mérite d’être posée.

Le développement qui ne crée pas suffisamment d’avenir

Depuis des décennies, les gouvernements africains annoncent des programmes de développement, des plans économiques, des projets industriels et des investissements destinés à créer des emplois. Pourtant, une partie importante de la jeunesse continue de considérer l’émigration comme une voie vers une vie meilleure.

Le problème est donc moins de savoir pourquoi les jeunes veulent partir que de comprendre pourquoi leurs propres pays ne parviennent pas suffisamment à leur offrir des raisons de rester.

Une économie qui transforme ses matières premières, développe son agriculture, crée des industries, améliore l’éducation professionnelle, facilite l’entrepreneuriat et offre des emplois décents donne naturellement davantage de perspectives à sa jeunesse.

À l’inverse, lorsque les diplômes ne débouchent pas sur des emplois, lorsque l’entrepreneuriat reste difficile et lorsque les ressources naturelles ne produisent pas suffisamment de richesses partagées, le sentiment d’absence d’avenir peut s’installer.

Une responsabilité politique à regarder en face

Il serait toutefois réducteur d’attribuer toutes les migrations aux seuls gouvernements africains. Les conflits, les inégalités mondiales, les réseaux familiaux, les différences de revenus avec l’Europe et l’accès limité aux voies légales de migration jouent également un rôle. Le PNUD souligne d’ailleurs que la migration est liée à des progrès du développement africain qui restent inégaux et trop lents au regard des aspirations des populations.

Mais le constat demeure : lorsqu’un jeune préfère affronter le désert et une mer dangereuse plutôt que de croire en son avenir chez lui, c’est un signal d’alarme pour les politiques économiques et sociales de son pays.

L’Afrique ne pourra pas durablement retenir sa jeunesse par des discours ou par la seule lutte contre les passeurs. Elle devra surtout créer les conditions économiques, sociales et politiques qui rendent possible une vie digne sur le continent.

Car le véritable enjeu n’est pas seulement d’empêcher les jeunes de partir.

C’est de leur donner suffisamment de raisons de rester.

Par Abdel Aziz

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