Ces pays africains qui ont accepté de recevoir les migrants de Trump…

Des millions de dollars, des accords diplomatiques et, en contrepartie, l’accueil de migrants expulsés des États-Unis : l’enquête « The Deportation Project », coordonnée par Forbidden Stories, révèle l’ampleur du dispositif mis en place par l’administration Trump en Afrique.

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, Washington a développé une nouvelle stratégie : expulser certains migrants vers des pays tiers, même lorsqu’ils ne sont pas ressortissants de ces pays. Selon l’enquête internationale, au moins 12 pays africains ont accepté ou négocié de tels arrangements.

Derrière ces accords se trouve également une dimension financière. Des documents internes du département d’État américain font état d’au moins 410 millions de dollars promis ou mobilisés pour faciliter les accords conclus avec plusieurs pays, principalement en Afrique et en Amérique latine. Une partie de ces fonds est destinée directement aux gouvernements, tandis qu’une autre passe par des organisations internationales ou humanitaires.

Des montants très différents selon les pays

Les documents consultés par les journalistes montrent des montants particulièrement variables. La République centrafricaine s’est vu associer à une enveloppe de 85 millions de dollars pour un accord pouvant concerner jusqu’à 1 500 personnes. La RDC, qui avait accepté jusqu’à 2 000 migrants, était associée à 75 millions de dollars destinés à des organisations. Le Cameroun, pour un dispositif pouvant concerner jusqu’à 1 000 personnes, était associé à 30 millions de dollars.

D’autres accords concernent notamment le Burundi, avec 12 millions de dollars, l’Eswatini, avec 5,1 millions, et la Guinée équatoriale, avec 7,5 millions de dollars versés ou promis au gouvernement. Le Liberia apparaît également dans plusieurs arrangements, avec jusqu’à 40 millions de dollars selon le type d’accord.

Pourquoi accepter ces migrants ?

Les motivations ne sont pas identiques partout et ne sont pas toujours rendues publiques. Pour certains gouvernements, ces accords peuvent représenter une source de financement importante, notamment dans des pays confrontés à de fortes contraintes économiques. Pour d’autres, la coopération avec Washington peut aussi répondre à des considérations diplomatiques, économiques ou stratégiques.

L’administration américaine dispose également de moyens de pression. Selon l’enquête, Washington a utilisé des discussions sur les visas, l’aide extérieure et les relations bilatérales pour convaincre certains gouvernements africains d’accepter les expulsés.

Le système ne fonctionne toutefois pas de la même manière partout. Le Ghana, par exemple, a accepté des ressortissants de pays de la CEDEAO, tandis que l’Ouganda limite son accord aux ressortissants africains. La RDC, à l’inverse, a indiqué qu’elle n’accepterait pas de ressortissants africains.

Des migrants dans un « no man’s land »

Pour les personnes expulsées, les conséquences peuvent être lourdes. Certaines arrivent dans des pays avec lesquels elles n’ont aucun lien, sans statut juridique clair, sans famille et parfois sans possibilité de travailler. L’enquête fait également état de cas de détention et de transferts ultérieurs vers d’autres pays.

Au Cameroun, des journalistes enquêtant sur les conditions de détention de migrants expulsés des États-Unis ont même été arrêtés en février 2026.

Au-delà des sommes annoncées, cette politique pose donc une question fondamentale : jusqu’où un État peut-il aller dans la négociation de l’accueil de personnes expulsées lorsqu’elles ne sont ni ses ressortissants ni liées à son territoire ?

L’enquête de Forbidden Stories montre surtout la naissance d’un véritable marché diplomatique de l’expulsion, dans lequel Washington cherche des pays d’accueil et où certains gouvernements africains voient dans ces accords une possibilité d’obtenir des ressources financières ou de renforcer leur coopération avec les États-Unis. Mais les motivations précises doivent être examinées pays par pays, car elles ne sont pas toutes documentées publiquement.

Une synthèse de Abdel Aziz

Source: enquête de Forbidden Stories

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