La raffinerie de pétrole d’Aliko Dangote, l’un des projets industriels les plus emblématiques d’Afrique, a fait son entrée en Bourse le lundi 14 septembre à Lagos, au Nigeria. Plus de 4 milliards d’actions doivent être proposées aux investisseurs, avec l’ambition de lever jusqu’à 2 150 milliards de nairas, soit environ 1,4 milliard de dollars.
L’objectif principal de cette opération est de financer l’agrandissement de la raffinerie, tout en permettant aux épargnants africains de devenir actionnaires d’un projet industriel majeur du continent.
Doubler la capacité de production
Implantée en périphérie de Lagos, la raffinerie a commencé à fonctionner en 2024. Sa capacité actuelle est d’environ 700 000 barils de pétrole brut par jour. Aliko Dangote ambitionne désormais de doubler cette capacité, une expansion qui nécessitera plusieurs milliards de dollars d’investissements.
L’introduction en Bourse doit permettre au groupe de mobiliser de nouveaux capitaux sans dépendre uniquement de l’endettement. Pour les grands projets industriels africains, le financement constitue souvent un obstacle majeur. Dangote veut donc s’appuyer sur les marchés financiers et sur l’épargne africaine pour financer le développement de l’industrie du continent.
Jusqu’à 10 millions d’actionnaires
L’ambition est également de démocratiser l’accès au capital de la raffinerie. Le groupe Dangote souhaite attirer jusqu’à 10 millions d’actionnaires à travers l’Afrique, afin de permettre aux Nigérians et à d’autres investisseurs africains de détenir une petite part de cette infrastructure industrielle.
Pour favoriser la participation des particuliers, le ticket d’entrée a été fixé à un niveau relativement accessible : 10 actions pour 5 250 nairas, soit moins de 4 dollars.
Mais investir en Bourse comporte des risques. Être actionnaire ne garantit aucun gain : la valeur d’une action peut aussi bien augmenter que diminuer.
Un pari industriel et financier
L’enjeu dépasse la simple levée de fonds. Construire une raffinerie est une chose ; la faire fonctionner à grande échelle et assurer durablement sa rentabilité en est une autre.
Le groupe reste notamment exposé à l’évolution du prix du pétrole brut. La raffinerie a également pris une nouvelle dimension cette année avec la guerre au Moyen-Orient. Elle est devenue un fournisseur important de kérosène pour l’Europe, tout en renforçant progressivement sa présence sur le marché africain des produits raffinés.
Dangote ambitionne également de développer les infrastructures de stockage et de distribution et d’augmenter les exportations vers les autres pays africains.
Un test pour la Bourse de Lagos et l’Afrique
L’opération constitue enfin un test important pour la Bourse de Lagos et, plus largement, pour les marchés financiers africains.
La question est de savoir si l’épargne disponible sur le continent peut réellement contribuer au financement de grands projets industriels.
Le contexte semble favorable : le marché nigérian a fortement progressé cette année et les investisseurs manifestent de l’intérêt. Mais le véritable test sera la demande pour les actions Dangote et surtout leur comportement dans les mois qui suivront leur introduction.
Une introduction en Bourse réussie ne consiste pas seulement à vendre des actions. Il faut également convaincre les investisseurs sur la durée.
Derrière l’opération Dangote se joue donc bien plus qu’une simple transaction financière : c’est une partie de la stratégie industrielle du groupe qui est en jeu, mais aussi la capacité des marchés financiers africains à mobiliser l’épargne du continent pour financer ses propres grands projets.
Une synthèse de Nfally