Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, le 20 janvier 2025, la planète semble vivre dans un climat de tensions permanentes. Les relations internationales sont bousculées, des alliances et des accords sont remis en question et de nombreuses nations se retrouvent confrontées à de nouvelles incertitudes.
Le président américain assume une politique fondée sur le principe de « America First », plaçant les intérêts des États-Unis au centre de son action. Dès son discours d’investiture, il a affirmé sa volonté de restaurer la puissance et la place des États-Unis dans le monde.
Il ne faut cependant pas se leurrer : la volonté des États-Unis de préserver leur position de première puissance mondiale ne date pas de Donald Trump. Chaque administration américaine cherche, à sa manière, à défendre les intérêts stratégiques, économiques et géopolitiques du pays.
Mais avec Trump, cette politique est menée avec une méthode particulièrement directe, qui produit des conséquences importantes sur la scène internationale.
La Chine au cœur de la rivalité
Aujourd’hui, la Chine apparaît comme l’un des principaux concurrents stratégiques des États-Unis. Une confrontation directe entre les deux puissances serait extrêmement risquée. Washington utilise donc également des moyens économiques, commerciaux et géopolitiques pour contenir l’influence chinoise.
Dans cette lecture, la crise au Moyen-Orient prend une dimension particulière.
La guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, qui a commencé en février 2026, a profondément déstabilisé la région. Le conflit a également provoqué des perturbations importantes sur les marchés de l’énergie. Le prix du pétrole a dépassé les 100 dollars le baril en septembre, tandis que les perturbations liées au conflit ont fait craindre de nouvelles tensions sur l’approvisionnement mondial.
Certains analystes considèrent que cette situation pourrait avoir des conséquences indirectes sur la Chine, notamment en raison de son exposition aux marchés énergétiques mondiaux.
Mais l’évolution du conflit montre également les limites de toute stratégie visant à obtenir rapidement des résultats géopolitiques par la pression militaire et économique.
Une guerre aux conséquences économiques mondiales
Le conflit s’est prolongé bien au-delà des premières prévisions et ses conséquences dépassent largement les frontières du Moyen-Orient.
La hausse du pétrole et du gaz alimente les inquiétudes concernant l’inflation aux États-Unis et dans d’autres régions du monde. Aux États-Unis, le prix moyen du diesel a même dépassé les six dollars le gallon en septembre, dans un contexte marqué notamment par les perturbations liées au conflit avec l’Iran.
Cette hausse de l’énergie se répercute sur le transport, l’agriculture, l’industrie et, plus largement, sur le prix de nombreux produits de consommation.
Les économies européennes sont elles aussi exposées à cette situation. La hausse des prix de l’énergie intervient alors que les marchés mondiaux restent particulièrement sensibles aux perturbations des approvisionnements.
Ainsi, une crise géopolitique régionale peut rapidement devenir une crise économique mondiale.
Les élections américaines en toile de fond
Cette situation intervient également à l’approche des élections de mi-mandat américaines de novembre 2026.
La hausse du coût de l’énergie et du coût de la vie constitue désormais un sujet politique important aux États-Unis. Le conflit avec l’Iran et l’augmentation des prix du pétrole et du gaz suscitent des inquiétudes au sein du Parti républicain à l’approche de ces élections.
Donald Trump a, de son côté, déclaré qu’il ne regrettait pas d’avoir engagé la guerre contre l’Iran, tout en affirmant que son objectif était notamment d’empêcher Téhéran de développer une capacité nucléaire militaire.
Le Président américain a également déclaré que le conflit pourrait prendre fin après les élections de novembre.
Une stratégie américaine en trois directions ?
La stratégie américaine actuelle peut être lue autour de trois grands axes : contenir la Russie, maintenir une capacité d’influence déterminante au Moyen-Orient et affaiblir la position de la Chine.
Concernant la Russie, la guerre en Ukraine constitue depuis plusieurs années un élément central de la confrontation entre Moscou et les pays occidentaux.
Le Président ukrainien, Volodymyr Zelensky, est considéré comme un instrument de la stratégie américaine visant à affaiblir la Russie. Cette interprétation doit toutefois être distinguée des faits établis : l’Ukraine et ses dirigeants ont leurs propres objectifs, tandis que Washington et ses alliés ont apporté un important soutien politique, économique et militaire à Kiev.
Le Moyen-Orient, autre terrain de confrontation…
Le Moyen-Orient constitue un autre espace essentiel de la compétition géopolitique.
Les pays du Golfe ont considérablement développé leurs économies et leurs infrastructures au cours des dernières décennies. Ils sont devenus des destinations importantes pour les investisseurs internationaux et les visiteurs du monde entier.
Le rapprochement entre l’Iran et l’Arabie saoudite avait également ouvert une nouvelle période dans les relations entre les deux puissances régionales. Cette évolution pouvait contribuer à une plus grande stabilité du Moyen-Orient et modifier les équilibres régionaux, notamment autour d’Israël, allié historique des États-Unis. La confrontation avec l’Iran a cependant profondément bouleversé cet équilibre.
Le conflit a également impliqué les Houthis du Yémen, alliés de l’Iran, contribuant à élargir les conséquences régionales de la guerre.
Le pari chinois remis en question
L’un des objectifs attribués à cette stratégie américaine est de contenir la puissance chinoise. Mais les événements montrent que les conséquences d’une crise au Moyen-Orient sont beaucoup plus difficiles à maîtriser.
Au lieu de produire uniquement les effets recherchés sur les adversaires des États-Unis, la guerre affecte également les économies américaines et européennes. La hausse du pétrole, les perturbations du transport maritime, l’augmentation des coûts de production et les inquiétudes concernant l’inflation montrent à quel point les économies mondiales sont interconnectées.
La guerre a notamment affecté des routes maritimes stratégiques, dont le détroit d’Ormuz et Bab el-Mandeb, accentuant les tensions sur les marchés énergétiques.
Les droits de douane, autre instrument de la politique de Trump
À cette tension géopolitique s’ajoute la politique commerciale de Donald Trump.
Les droits de douane constituent l’un des instruments privilégiés de son administration pour défendre les intérêts économiques américains et exercer une pression sur ses partenaires commerciaux. Cette politique contribue toutefois elle aussi à créer des tensions avec plusieurs pays.
En septembre 2026, les États-Unis et le Canada se sont notamment imposé réciproquement des droits de douane de 50 % sur certains échanges, une situation qui affecte particulièrement des secteurs et des régions fortement intégrés aux deux économies.
Ainsi, sur le terrain militaire comme sur celui du commerce, la politique de Donald Trump contribue à modifier profondément les relations entre les grandes puissances.
Quand la recherche de puissance produit de nouvelles fragilités
C’est finalement tout le paradoxe de la situation actuelle.
En cherchant à préserver leur position dominante et à défendre leurs intérêts stratégiques, les États-Unis prennent des décisions qui peuvent également avoir des conséquences économiques sur leurs propres citoyens et sur leurs alliés.
La hausse des carburants, l’inflation, les tensions commerciales et l’incertitude géopolitique montrent qu’aucune grande puissance ne peut agir dans un monde complètement isolé. Une décision prise à Washington peut avoir des conséquences à Pékin, Bruxelles, Riyad, Lagos, Conakry ou ailleurs.
Le monde est devenu trop interconnecté pour qu’une crise reste véritablement locale.
Une question demeure
La question qui se pose désormais est donc celle de la limite de la puissance.
Jusqu’où une grande puissance peut-elle aller pour préserver ses intérêts sans contribuer elle-même à fragiliser l’équilibre international dont dépend également sa propre prospérité ?
Les États-Unis cherchent à défendre leur influence et leur position de première puissance mondiale. Cette volonté est clairement assumée par l’administration Trump. Mais l’histoire montre qu’une stratégie de puissance peut également produire des effets inattendus.
En voulant conserver le contrôle du jeu mondial, une grande puissance peut finir par contribuer à rendre ce jeu plus instable.
C’est tout l’enjeu de la période actuelle : entre guerre au Moyen-Orient, rivalité avec la Chine, confrontation avec la Russie et tensions commerciales, les décisions prises par Washington dépassent largement les frontières américaines.
Et lorsque les grandes puissances s’affrontent, ce sont souvent les économies et les populations du monde entier qui finissent par en payer le prix.
Par Abdel Aziz