Il y a une réalité qui frappe dans de nombreux pays africains : des chefs d’État qui restent au pouvoir pendant des décennies et dont le bilan, au terme de leur longue présence à la tête de l’État, apparaît pourtant largement négatif.
Comment peut-on rester à la tête d’un pays pendant quarante, trente ou vingt ans sans parvenir à doter celui-ci d’électricité, d’eau, d’infrastructures routières, de centres de santé et d’hôpitaux, alors que le chômage atteint des niveaux préoccupants et que la misère demeure endémique ? Comment expliquer qu’après plusieurs décennies de pouvoir, les conditions de vie d’une grande partie de la population restent aussi déplorables ?
Que peut alors dire le dirigeant de ce pays à ses concitoyens pour expliquer un tel bilan économique et social ?
Pourtant, dans de nombreux États africains, le constat semble se répéter : longévité des dirigeants au pouvoir et bilan médiocre.
Qu’ont-ils donc fait de toutes les richesses de leur pays ? Où ont été dépensés les revenus et l’argent du contribuable ?
Des décennies au pouvoir, mais quels résultats ?
Aujourd’hui, le constat est amer dans beaucoup de pays africains.
Des dirigeants s’accrochent au pouvoir pendant de longues années, mobilisant toutes leurs forces pour conserver leur position, sans pour autant offrir à leurs concitoyens les conditions de vie auxquelles ils aspirent.
Or, la durée au pouvoir ne devrait jamais constituer, à elle seule, un critère de réussite.
Ce qui devrait compter, ce sont les résultats.
Un dirigeant peut rester au pouvoir pendant des décennies. Mais au terme de ces années, qu’a-t-il construit ? Qu’a-t-il changé ? Quelles infrastructures a-t-il laissées ? Combien d’écoles, d’hôpitaux, de routes et de logements ont été construits ? Quel niveau d’accès à l’électricité et à l’eau a-t-il permis d’atteindre ? Combien d’emplois ont été créés ? Et surtout, les populations vivent-elles mieux qu’au moment où il a pris le pouvoir ?
C’est à ces questions que devrait être confronté tout dirigeant au terme de son parcours.
« Si vous voulez rester au pouvoir, travaillez au moins pour le développement »
Un ancien fonctionnaire à la retraite résume cette exigence en ces termes :
« Si vous voulez rester au pouvoir, donnez-vous au moins la peine de travailler pour le développement du pays. Comme cela, quand vous quitterez le pouvoir, on vantera et saluera vos réalisations pour le bien-être des populations… »
Une remarque qui pose le véritable problème de la longévité au pouvoir : ce n’est pas nécessairement le nombre d’années passées à diriger un pays qui pose problème, mais ce que le dirigeant fait de ces années.
Le même ancien fonctionnaire poursuit :
« Mais quand vous ne réalisez rien du tout, quand vous laissez vos concitoyens dans le même état que lors de votre prise de pouvoir, alors vous devenez l’objet de rejet et vous êtes traité comme un malpropre qui n’a pensé qu’à assouvir ses penchants pour le pouvoir sans un égard pour son peuple. »
Une longue présence au pouvoir devrait donc être synonyme d’une longue période de transformation du pays. Elle devrait permettre de construire, de moderniser, de développer et d’améliorer progressivement les conditions de vie des citoyens.
Lorsque cela n’est pas le cas, les années passées au pouvoir deviennent au contraire le symbole d’une occasion manquée.
Quand la population continue de végéter dans la misère
Lorsqu’on observe certains pays où les dirigeants sont restés très longtemps au pouvoir, le contraste est particulièrement saisissant.
Les populations continuent de végéter dans la misère. Elles sont pauvrement vêtues et parcourent des rues dévastées, sales, jonchées de détritus et plongées dans une puanteur insoutenable.
Pour une grande partie des citoyens, chaque journée qui passe devient une lutte âpre pour la survie.
Pendant ce temps, les dirigeants et leurs entourages évoluent souvent dans des conditions qui n’ont rien de comparable avec celles de la majorité de la population.
Cette situation pose une question fondamentale : à qui profite réellement le pouvoir ?
Car le pouvoir politique ne devrait pas être une fin en soi. Il devrait être un instrument au service du développement et du bien-être collectif.
Gaspillage, détournements et culte de la personnalité
C’est également dans certains de ces pays où le pouvoir s’exerce pendant de très longues périodes que l’on observe les mêmes dérives : gaspillage des ressources publiques, détournements de deniers publics, confiscation des libertés, démagogie et culte de la personnalité.
Lorsque le pouvoir devient trop concentré et qu’aucun véritable contre-pouvoir ne peut fonctionner efficacement, le risque d’abus augmente.
Le dirigeant finit alors par être présenté comme indispensable au pays. Son image occupe l’espace public. Ses réalisations sont constamment mises en avant, parfois au-delà de leur portée réelle, tandis que les difficultés quotidiennes des populations sont reléguées au second plan.
Le développement d’un pays ne devrait pourtant jamais dépendre de la glorification d’un seul homme.
Ce sont les institutions, les politiques publiques et les résultats obtenus qui doivent compter.
« Restez au pouvoir autant que vous voulez… mais travaillez pour votre peuple ! »
Un observateur résume lui aussi sa pensée avec une formule sans détour :
« Restez au pouvoir autant que vous voulez !!! Mais de grâce, travaillez pour le bien-être de vos populations… »
Avant d’ajouter :
« Il ne sert à rien d’amasser des fortunes pour vous, vos familles et entourages car le jour où le peuple se réveillera, ce sera la fin tragique pour vous… »
Cette mise en garde traduit une réalité politique fondamentale : aucun pouvoir ne devrait se construire durablement contre son propre peuple.
Les richesses d’un pays ne devraient pas servir à enrichir une poignée de personnes pendant que la majorité de la population manque des biens et services les plus élémentaires.
Les ressources publiques appartiennent à la collectivité. Elles doivent être utilisées pour construire des écoles, des hôpitaux, des routes, des réseaux d’eau et d’électricité, des logements et des infrastructures capables d’améliorer durablement la vie des citoyens.
Le pouvoir doit laisser des traces positives
La question essentielle n’est donc pas seulement : combien de temps avez-vous dirigé ?
Elle est plutôt : qu’avez-vous fait pendant tout ce temps ?
Un dirigeant qui reste vingt, trente ou quarante ans au pouvoir devrait laisser derrière lui un pays profondément transformé.
Les générations futures devraient pouvoir regarder les infrastructures, les écoles, les universités, les hôpitaux, les routes, les entreprises et les institutions construits pendant cette période et reconnaître l’empreinte positive de ceux qui ont dirigé le pays.
Le pouvoir devrait laisser des réalisations, pas seulement des discours.
Il devrait laisser des institutions solides, pas seulement des portraits.
Il devrait laisser une économie plus forte, pas davantage de pauvreté.
Il devrait laisser une population mieux éduquée, mieux soignée et mieux logée, plutôt qu’une population condamnée à lutter chaque jour pour sa survie.
Changer de mentalité
Les dirigeants africains se doivent donc de changer de mentalité et de placer véritablement le bien-être de leurs populations au cœur de leur action.
Offrir à son peuple uniquement la terreur, la confiscation des libertés, les pleurs et la désolation ne peut être considéré comme une réussite politique.
Ce sont plutôt les marques d’un pouvoir en manque de vision, de responsabilité et de considération pour ceux qu’il est censé gouverner.
La fonction de chef d’État ne devrait pas être considérée comme un privilège personnel.
Elle est une responsabilité historique.
Celui qui accepte de diriger un pays accepte également de répondre de ses résultats devant son peuple et devant l’histoire.
Au bout du compte, seul le résultat compte
L’Afrique n’a pas besoin de dirigeants qui cherchent uniquement à battre des records de longévité au pouvoir.
Elle a besoin de dirigeants capables de transformer leurs pays.
Elle a besoin d’électricité, d’eau potable, de routes, d’hôpitaux, d’écoles, d’emplois, d’industries et d’une économie capable de créer de la richesse.
Elle a besoin de justice, de libertés publiques, d’institutions solides et d’une gouvernance responsable.
La durée au pouvoir ne devrait donc jamais être présentée comme une performance en elle-même.
Qu’un dirigeant reste dix ans, vingt ans, trente ans ou davantage, une seule question devrait finalement être posée : qu’a-t-il fait pour son peuple ?
Car, au-delà des discours, des cérémonies, des slogans et des années passées au sommet de l’État, le résultat est le seul véritable bilan qui compte.
Par Abdel Aziz