L’Afrique offre encore une image peu rassurante…
On entend partout, notamment dans les discours des pays étrangers, que la croissance économique de l’Afrique est positive dans bon nombre de pays du continent et que l’Afrique est « le continent de l’avenir ». Bizarrement, et parfois avec une certaine naïveté, de nombreux Africains, notamment les gouvernants, reprennent à leur compte cette affirmation et semblent se réjouir de cette qualification.
Pourtant, lorsqu’on regarde la réalité de nombreux pays africains, le constat est beaucoup moins reluisant. L’Afrique se porte mal. Très mal même.
Une image urbaine qui interpelle
Il suffit d’observer le visage que présentent de nombreuses villes africaines pour mesurer l’ampleur des difficultés. Lorsqu’un visiteur arrive dans une agglomération africaine, le premier « hôte » qui l’accueille est souvent… l’ordure.
Partout, ou presque, l’insalubrité, la puanteur et les déchets qui jonchent les rues offrent un spectacle à la fois déshonorant et déprimant.
Comment peut-on prétendre avoir l’ambition de développer un pays lorsque l’on est incapable de gérer correctement ses propres déchets ?
Des ordures ! Voilà parfois la première image que l’Afrique renvoie à ceux qui la visitent.
Autre spectacle frappant : le désordre.
Dans de nombreuses agglomérations urbaines africaines, la vie quotidienne semble se dérouler dans une désorganisation permanente. Les rues sont bondées, les automobilistes stationnent comme ils le souhaitent, les marchands ambulants et autres commerçants occupent les abords des voies, bloquant parfois la circulation. Les marchés eux-mêmes sont souvent insalubres, jonchés de déchets et de détritus, dans une puanteur difficilement supportable.
Quant à certains agents chargés de la circulation, ils sont parfois accusés de verbaliser les usagers non pas en fonction des règles établies, mais dans le but d’obtenir quelques billets de banque.
Des capitales à deux visages
Dans certains pays, seule une portion de la capitale semble relativement bien entretenue : celle que l’on appelle pompeusement la « capitale administrative », où résident le chef de l’État et les hauts responsables, et où sont concentrées les principales administrations.
Mais dès que l’on s’éloigne de ces quartiers privilégiés, le contraste est saisissant. Le reste de la capitale, tout comme de nombreuses villes de l’intérieur du pays, se retrouve confronté à une situation beaucoup plus précaire.
Cette réalité pose une question fondamentale : pourquoi les efforts de développement ne parviennent-ils pas à améliorer durablement les conditions de vie de l’ensemble des populations ?
Une gouvernance qui interpelle
Sur le terrain de la gouvernance, les mêmes préoccupations reviennent régulièrement.
Chaque jour, les informations font état de sommes considérables qui auraient été détournées, tandis que des cadres ou responsables mis en cause ne sont pas toujours sanctionnés. La justice, quant à elle, demeure souvent critiquée pour son manque d’indépendance et son apparente proximité avec le pouvoir en place.
Dans certains États, tout l’appareil institutionnel semble fonctionner au gré du dirigeant qui se trouve à la tête du pays.
Et pourtant, dans les statistiques officielles, la croissance économique « est positive ».
Mais où sont les résultats concrets de cette croissance ?
Il n’y a parfois ni électricité suffisante, ni accès fiable à l’eau potable, ni centres de santé en nombre suffisant, ni établissements scolaires répondant aux besoins des populations. Les infrastructures routières sont dans un état lamentable. Les édifices publics et les bâtiments administratifs sont vétustes et nécessitent d’importants travaux de rénovation.
Alors, qu’avons-nous fait de nos indépendances ?
Lorsqu’on dresse un panorama de nombreux États africains, une question finit inévitablement par s’imposer :
Qu’est-ce que les Africains ont réellement fait de leur indépendance ?
Le spectacle est parfois paradoxal. On voit des cadres africains, élégamment vêtus de costumes et de cravates, parcourir les capitales étrangères pour participer à des séminaires, des conférences et diverses rencontres internationales.
On les voit sourire, échanger des poignées de main et multiplier les discours sur le développement.
Mais lorsqu’il s’agit de financer les besoins fondamentaux de leurs pays, la main se tend encore vers l’extérieur, dans l’espoir d’obtenir une nouvelle aide.
Après plus de six décennies d’indépendance, cette situation devrait pourtant nous interpeller profondément.
Une Afrique confrontée à la misère et à la désolation
L’Afrique ne se porte pas bien. Il suffit d’écouter quotidiennement les informations en provenance du continent pour mesurer l’ampleur des difficultés : arrestations d’opposants, journalistes ou activistes assassinés ou portés disparus, manifestations réprimées, populations confrontées à la pauvreté et à l’absence de perspectives.
Et pendant ce temps, des jeunes Africains risquent leur vie en tentant de rejoindre l’Europe, poussés par l’espoir d’une vie meilleure.
Tout cela donne l’image d’un continent confronté à la désolation, à la misère et à une pauvreté persistante.
Alors, une nouvelle fois, la question mérite d’être posée :
Qu’est-ce que l’Afrique a fait de son indépendance ?
Où sont passées les richesses considérables extraites de son sous-sol ? Pourquoi leur exploitation n’a-t-elle pas permis d’améliorer significativement les conditions de vie des populations ?
Pendant que d’immenses ressources naturelles sont exploitées, des millions d’Africains continuent de manquer de l’essentiel : électricité, eau potable, centres de santé, logements décents, nourriture suffisante, environnement salubre et établissements éducatifs adaptés.
Peut-on être fier d’un État où la population manque de tout ?
C’est là toute la contradiction.
Comment peut-on véritablement être fier d’être à la tête d’un État lorsque les populations dont on a la responsabilité manquent des services et des infrastructures les plus élémentaires ?
Comment peut-on parler de développement lorsque les indicateurs économiques affichent une croissance positive alors que cette croissance ne se traduit pas suffisamment dans la vie quotidienne des citoyens ?
Ceux qui affirment aux Africains que leurs pays vont bien simplement parce que les chiffres de croissance sont positifs risquent de masquer une partie essentielle de la réalité.
La croissance économique n’a de véritable sens que lorsqu’elle améliore concrètement la vie des populations.
Une situation qui dépasse les frontières
Le plus inquiétant est de constater que de nombreux pays d’Afrique subsaharienne connaissent, à des degrés différents, des problèmes similaires : pauvreté, chômage endémique, insuffisance des infrastructures, mauvaise gestion des déchets, insalubrité urbaine, faiblesse des services publics et difficultés d’accès aux besoins essentiels.
Bien sûr, l’Afrique n’est pas un bloc homogène. Certains pays ont enregistré des progrès importants dans plusieurs domaines. Mais ces avancées ne doivent pas empêcher de regarder en face les difficultés qui persistent dans une grande partie du continent.
L’Afrique possède pourtant d’immenses ressources humaines, naturelles et économiques. Elle dispose d’une jeunesse nombreuse, de terres, de minerais, de pétrole, de gaz et d’un potentiel agricole considérable.
Le véritable défi est donc de transformer ces richesses en développement réel et durable.
Par DAZ