L’Afrique doit rebondir

Transformer le potentiel en puissance…

Plus de six décennies après les indépendances, l’Afrique doit cesser de vivre dans l’attente d’un avenir meilleur. Elle doit désormais construire cet avenir.

Pendant des décennies, le continent africain a été présenté comme le continent de tous les potentiels. Ses immenses ressources naturelles, sa jeunesse, ses terres agricoles, ses minerais, son pétrole, son gaz, ses forêts, son immense marché intérieur et sa position géographique stratégique sont régulièrement évoqués pour démontrer que l’Afrique dispose de tous les atouts nécessaires à son développement. Mais le potentiel, à lui seul, ne développe pas un pays.

Les richesses naturelles ne suffisent pas. Une population jeune ne constitue pas automatiquement une force économique. Une croissance économique positive ne garantit pas nécessairement une amélioration des conditions de vie.

Ce qui transforme réellement un potentiel en développement, ce sont des institutions solides, des dirigeants responsables, une économie productive, une justice indépendante, des infrastructures efficaces, une population bien formée et une vision claire du développement.

C’est là que se trouve aujourd’hui le véritable défi de l’Afrique.

Sortir définitivement de la logique de l’assistance

Pendant trop longtemps, une grande partie des États africains a construit son développement autour de l’aide extérieure.

L’aide internationale peut être utile. Elle peut permettre de financer des infrastructures, des programmes de santé, l’éducation, l’agriculture ou des projets humanitaires. Mais elle ne peut pas constituer le moteur permanent du développement d’un continent qui possède autant de ressources.

L’Afrique doit progressivement passer d’une économie de dépendance à une économie de production et de transformation.

Pourquoi continuer à exporter des matières premières à faible valeur ajoutée pour ensuite importer les produits finis à des prix beaucoup plus élevés ?

Le continent produit du cacao mais importe une grande partie du chocolat qu’il consomme. Il possède d’importantes réserves de minerais mais importe de nombreux produits transformés issus de ces mêmes ressources. Il produit du coton mais reste largement dépendant des importations de vêtements et de textiles.

Cette situation doit changer. L’Afrique doit transformer davantage ses propres matières premières sur son sol. Le cacao doit pouvoir devenir du chocolat. Le coton doit devenir du textile et des vêtements. Le minerai doit alimenter une véritable industrie de transformation. Les produits agricoles doivent être transformés localement avant d’être exportés.

La véritable richesse n’est pas seulement dans la matière première. Elle se trouve dans la transformation, la technologie, le savoir-faire et la valeur ajoutée.

Produire au lieu de tout importer

Le développement africain passera nécessairement par la production.

Produire davantage de nourriture. Produire davantage d’électricité. Construire davantage de logements. Fabriquer davantage de biens de consommation. Développer les industries pharmaceutiques. Transformer les produits agricoles. Créer des entreprises capables de concurrencer les sociétés étrangères.

L’Afrique ne peut pas construire son avenir en important presque tout ce dont ses populations ont besoin. La dépendance aux importations fragilise les économies nationales, creuse les déficits commerciaux et expose les populations aux fluctuations des prix internationaux.

L’urgence est donc de créer des économies capables de produire localement une part beaucoup plus importante de ce qu’elles consomment. Cela suppose évidemment des investissements considérables. Mais cela suppose surtout une politique économique cohérente.

L’agriculture doit devenir une priorité stratégique

L’Afrique possède d’immenses terres agricoles et une population active importante. Pourtant, plusieurs pays du continent restent fortement dépendants des importations alimentaires. Cette situation est difficilement acceptable.

L’agriculture africaine doit être modernisée. Il faut améliorer l’accès aux semences, aux engrais, à l’irrigation, aux équipements agricoles, au financement et aux nouvelles technologies.

Mais il ne suffit pas de produire. Il faut également construire des routes rurales, des entrepôts, des chambres froides, des unités de transformation et des réseaux de distribution. Un agriculteur qui produit beaucoup mais qui perd une partie de sa récolte faute de stockage ou de transport ne peut pas contribuer pleinement à une économie moderne.

L’objectif doit être de construire de véritables chaînes de valeur agricoles, allant de la production à la transformation, puis à la distribution et à l’exportation. L’agriculture ne doit plus être considérée comme une activité réservée aux populations rurales et pauvres.Elle doit devenir un secteur industriel, moderne et rentable.

Transformer les richesses minières en richesse nationale

L’Afrique est l’un des continents les plus riches en ressources naturelles. Or, cette richesse constitue paradoxalement l’une des grandes contradictions du continent.

Des pays disposent d’or, de bauxite, de fer, de cuivre, de cobalt, de lithium, de pétrole, de gaz et de nombreuses autres ressources, tandis que leurs populations restent confrontées à la pauvreté et au manque d’infrastructures.

La question n’est donc pas simplement de savoir combien de tonnes de minerais sont extraites chaque année. La véritable question est : Combien de richesses cette exploitation crée-t-elle réellement pour les populations ?

Les États africains doivent négocier des contrats miniers plus équilibrés, renforcer la transparence dans la gestion des ressources et surtout développer progressivement les industries de transformation.

Extraire n’est qu’une première étape. La véritable bataille économique se situe dans la transformation. Un pays qui extrait une ressource et l’exporte brute crée une valeur limitée. Celui qui transforme cette ressource, développe des compétences, crée des industries et produit des biens finis capte beaucoup plus de valeur.

L’électricité : le préalable à tout développement

Il est difficile d’imaginer une véritable industrialisation sans énergie fiable et accessible.

Une entreprise ne peut pas fonctionner normalement avec des coupures permanentes. Une usine ne peut pas être compétitive si son coût énergétique est excessif. Un hôpital ne peut pas fonctionner correctement sans électricité. Une école ne peut pas pleinement utiliser les technologies modernes sans énergie.

L’Afrique doit donc faire de l’électricité une priorité absolue. Le continent possède pourtant d’immenses possibilités : énergie solaire, hydroélectricité, gaz, éolien et autres sources d’énergie.

Le défi consiste à investir massivement dans la production, mais également dans les réseaux de transport et de distribution. L’énergie doit être considérée comme une infrastructure économique fondamentale, au même titre que les routes, les ports ou les télécommunications.

Construire des infrastructures qui servent l’économie

Une route n’est pas seulement une route. Elle permet à un agriculteur d’acheminer sa production vers un marché. Elle permet à une entreprise de transporter ses marchandises. Elle facilite les échanges entre les régions et rapproche les populations. Il en va de même pour les ports, les chemins de fer, les aéroports et les réseaux numériques.

L’Afrique doit accélérer la construction d’infrastructures modernes et surtout mieux connecter ses différents pays. Le commerce entre pays africains doit devenir beaucoup plus important.

Un continent de plus d’un milliard d’habitants ne devrait pas considérer son propre marché intérieur comme une simple juxtaposition de petits marchés nationaux. L’intégration économique africaine représente l’une des grandes opportunités du XXIᵉ siècle. L’Afrique doit apprendre à commercer davantage avec elle-même.

Une véritable révolution dans l’éducation

Aucun pays ne peut se développer durablement sans une population bien formée. L’Afrique doit donc investir dans son capital humain.

Il ne s’agit pas seulement de construire des écoles. Il faut également améliorer la qualité de l’enseignement, former les enseignants, développer la formation professionnelle et rapprocher l’éducation des besoins réels des économies.

L’Afrique a besoin de médecins, d’ingénieurs, d’agronomes, de techniciens, de développeurs informatiques, d’entrepreneurs, de chercheurs, d’architectes, de mécaniciens, d’électriciens et de nombreux autres professionnels. Mais elle a aussi besoin d’une nouvelle génération de citoyens capables de comprendre les enjeux économiques, politiques et technologiques du monde contemporain.

La jeunesse africaine ne doit pas être considérée uniquement comme une population à employer. Elle doit être considérée comme le principal capital du continent.

La technologie peut changer la trajectoire du continent

L’Afrique ne doit pas seulement chercher à rattraper son retard industriel. Elle doit aussi profiter des nouvelles technologies pour franchir certaines étapes. Le numérique, l’intelligence artificielle, les télécommunications, les services financiers numériques, le commerce électronique et les technologies agricoles offrent des possibilités considérables.

Le continent peut développer de nouveaux modèles économiques sans nécessairement reproduire exactement les étapes suivies par les pays industrialisés. Mais cela nécessite des investissements dans l’éducation scientifique, les infrastructures numériques et la recherche. Il faut également permettre aux jeunes Africains de créer leurs propres entreprises.

L’entrepreneuriat ne doit pas être présenté comme une solution miracle au chômage. Il doit être accompagné par un véritable environnement économique : accès au financement, fiscalité adaptée, simplification administrative, protection juridique et accès aux marchés.

Lutter réellement contre la corruption

Aucune stratégie de développement ne peut fonctionner durablement si les ressources publiques sont détournées. La corruption prive les États de moyens considérables. Elle décourage les investisseurs sérieux, affaiblit les institutions et nourrit la méfiance des citoyens.

Mais lutter contre la corruption ne doit pas se limiter aux discours. Il faut des institutions capables d’enquêter, de contrôler et de sanctionner, indépendamment du statut social ou politique des personnes concernées.

La lutte contre la corruption doit être une politique d’État et non une arme utilisée ponctuellement contre des adversaires politiques. La même règle doit s’appliquer à tous.

Une justice véritablement indépendante

Il ne peut y avoir de développement durable sans État de droit. Les citoyens doivent pouvoir faire confiance à la justice. Les entreprises doivent savoir que leurs contrats seront respectés. Les investisseurs doivent être certains que leurs droits seront protégés. La justice doit donc être indépendante du pouvoir politique.

Un État moderne n’est pas celui où le dirigeant possède tous les pouvoirs. C’est celui où les institutions fonctionnent suffisamment bien pour que personne, y compris le chef de l’État, ne soit au-dessus de la loi.

Changer la conception du pouvoir

Le développement de l’Afrique dépend aussi d’une transformation profonde de la manière de concevoir le pouvoir politique. Diriger un pays ne devrait jamais être considéré comme un moyen de s’enrichir, de favoriser son entourage ou de conserver indéfiniment le pouvoir.

La fonction politique est avant tout une responsabilité. Un président, un ministre, un député ou un haut fonctionnaire devrait être jugé sur les résultats obtenus : qualité des services publics, infrastructures réalisées, emplois créés, niveau d’éducation, accès aux soins, sécurité et amélioration du niveau de vie.

Le véritable patriotisme ne consiste pas à multiplier les discours sur l’amour de son pays. Il consiste à travailler pour que les citoyens vivent mieux.

Faire de la diaspora une force économique

Des millions d’Africains vivent aujourd’hui à l’étranger. Beaucoup travaillent dans des secteurs hautement qualifiés, créent des entreprises, accumulent des compétences et disposent d’une expérience internationale. Cette diaspora représente une formidable ressource.

Les États africains doivent créer les conditions permettant à ces compétences et à ces capitaux de revenir contribuer au développement du continent. Il ne s’agit pas seulement de demander à la diaspora d’envoyer de l’argent à leurs familles. Il faut également lui permettre d’investir dans des entreprises, des infrastructures, l’agriculture, l’immobilier, les technologies et l’industrie.

La diaspora peut devenir un pont entre l’Afrique et le reste du monde.

Une nouvelle génération de dirigeants

Le continent a surtout besoin d’une nouvelle culture politique. Des dirigeants capables de penser au-delà des prochaines élections. Des dirigeants qui construisent des infrastructures dont les résultats seront parfois visibles bien après leur départ du pouvoir. Des dirigeants capables de dire la vérité à leurs populations.

Des dirigeants qui acceptent de rendre compte de leur gestion. Des dirigeants qui comprennent que le développement d’un pays ne se mesure pas au nombre de véhicules officiels, à la taille des palais présidentiels ou au nombre de voyages à l’étranger. Il se mesure à la qualité de vie des citoyens.

L’Afrique doit croire en elle-même

Pendant trop longtemps, les Africains ont parfois été convaincus que le développement était quelque chose qui devait venir de l’extérieur. Cette mentalité doit disparaître.

Les partenariats internationaux sont nécessaires. Les investissements étrangers sont utiles. La coopération internationale reste importante.

Mais l’Afrique doit être capable de définir elle-même ses priorités et de défendre ses intérêts. Elle doit accueillir les investisseurs, mais négocier avec eux. Elle doit recevoir des financements, mais investir elle-même. Elle doit commercer avec le reste du monde, mais développer parallèlement son marché intérieur. Elle doit utiliser ses ressources naturelles pour financer son développement, et non simplement les exporter.

L’indépendance doit devenir une réalité économique

L’indépendance politique acquise au XXᵉ siècle constituait une étape historique majeure. Mais l’indépendance ne peut pas être considérée comme définitivement acquise si un pays reste totalement dépendant de l’extérieur pour son alimentation, son énergie, ses  médicaments, ses technologies, ses infrastructures ou son financement.

L’indépendance du XXIᵉ siècle doit donc être plus large. Elle doit être économique, institutionnelle, technologique et sociale.

Une Afrique véritablement indépendante doit pouvoir nourrir sa population, produire son énergie, transformer ses matières premières, former sa jeunesse, développer ses entreprises et défendre ses intérêts dans le monde.

Le temps du rebond

L’Afrique n’a pas besoin d’un nouveau grand discours sur son potentiel. Elle a besoin d’action. Elle n’a pas besoin que l’on répète éternellement qu’elle est « le continent de l’avenir ». Elle doit faire en sorte que cet avenir devienne une réalité.

Le continent dispose des ressources nécessaires. Il dispose d’une jeunesse dynamique. Il dispose d’un immense marché. Il dispose de richesses naturelles considérables. Il dispose également d’une diaspora importante et d’un potentiel entrepreneurial remarquable.

Ce qui manque encore, dans de nombreux pays, c’est la capacité à transformer ces atouts en politiques cohérentes et en résultats concrets.

Le temps est donc venu de changer de méthode.

Produire davantage. Transformer davantage. Former davantage. Investir davantage. Commercer davantage entre Africains. Gouverner mieux. Contrôler davantage. Corrompre moins. Rendre des comptes.

Voilà les bases d’un véritable rebond africain.

L’Afrique ne doit plus être seulement le continent des promesses. Elle doit devenir celui des réalisations.

Elle ne doit plus attendre que les autres viennent construire son avenir à sa place. Elle doit construire elle-même son avenir.

Après plus de 60 ans d’indépendance, continuer à attendre n’est plus une option. L’Afrique doit rebondir. Et cette fois, le rebond doit être réel, profond et durable.

Par DAZ

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